La géologie sous nos parcelles
Nos parcelles sont sur le plateau du Vexin français, autour du hameau d'Hazeville, à Wy-dit-Joli-Village. Sous la terre labourée il y a un empilement de roches qu'on peut lire sur une carte, et une cassure qui décale ces roches. Cette page raconte ce qu'il y a dessous, ce que cela explique du paysage — et ce que cela n'explique pas.
SUR CETTE PAGE
- Une seule carte fait foi : la feuille Pontoise
- Ce qu'il y a sous les parcelles, de haut en bas
- Une cassure dans le sous-sol : la faille de Banthélu
- La terre du dessus : un limon apporté par le vent
- Où va l'eau : un plateau sec, des vallées humides
- Les pierres des murs, l'argile des briques
- Ce que la carte ne dit pas
- Venir voir
- Sources




Une seule carte fait foi : la feuille Pontoise
Wy-dit-Joli-Village figure en entier sur la feuille n° 152 Pontoise de la carte géologique de France au 1/50 000. C'est la seule référence utilisée ici. Sa limite ouest passe à environ un kilomètre du finage : au-delà, les mêmes couches changent de sigle sur la feuille voisine, Mantes-la-Jolie. Il n'existe pas de feuille « Magny-en-Vexin ».
La notice de cette feuille est ancienne, et sa nomenclature a été révisée depuis. Nous la citons telle quelle, en gardant les noms français des roches.
Ce qu'il y a sous les parcelles, de haut en bas
Au droit d'Hazeville, la carte ne montre que des formations récentes : les sables et grès de Fontainebleau, la meulière qui coiffe les buttes voisines, un liseré de marnes et d'argiles vertes, puis les marnes et le gypse du Ludien, les sables de Cresnes et de Marines, et le calcaire de Saint-Ouen. Le tout est recouvert du limon des plateaux.

Le calcaire grossier — la pierre de Paris — et les sables de Cuise n'apparaissent qu'à un kilomètre et demi à deux kilomètres et demi au nord, vers Banthélu et sur les versants de vallée. Le calcaire y forme une épaisseur de 30 à 35 mètres, et « peut atteindre 40 mètres dans la région de Banthélu ». Attention à un raccourci courant : cette épaisseur est celle de tout l'étage, pas celle de la pierre de taille, qui n'en est qu'un banc.
La craie à silex, elle, est le socle profond de tout le secteur. Elle n'affleure nulle part chez nous : le premier affleurement est à quelque quatre kilomètres, vers Guiry-en-Vexin et Gadancourt, puis Avernes, Théméricourt, Vigny et Longuesse.
Une cassure dans le sous-sol : la faille de Banthélu
La notice l'appelle « faille de l'anticlinal de Vigny, ou faille de Banthélu ». Les deux noms désignent un même objet : un pli du sous-sol, et la cassure qui en borde le flanc sud.
Le texte est précis : « La faille qui longe l'anticlinal sur son versant méridional est particulièrement nette à Banthelu, où le Calcaire de Saint-Ouen vient buter contre les assises les plus inférieures du Lutétien et du Cuisien. Le rejet de la faille en ce point peut atteindre 40 m ; il diminue vers le SE, où il ne doit plus avoir que 10 m, aux environs de Vigny. »
Ces 40 mètres valent pour Banthélu, pas pour Hazeville : aucune valeur n'est publiée au droit de la ferme. Ce qui est établi, en revanche, c'est le sens du décalage. C'est le compartiment sud qui est descendu — et nous sommes dans ce compartiment. D'où le fait que la ferme ait conservé les terrains les plus récents, les sables et la meulière des buttes, alors qu'à quelques kilomètres au nord et à l'est la même série est rabotée jusqu'aux sables de Cuise, puis jusqu'à la craie.
Deux précisions d'honnêteté. La faille n'est pas qualifiée dans la notice : ni normale, ni inverse, ni décrochement — nous n'en dirons donc rien. Et il n'y a rien à aller voir : son tracé est en partie masqué par les limons, figuré en tireté sur la carte.
La terre du dessus : un limon apporté par le vent
La terre que nous labourons ne vient pas de la roche qui est dessous. C'est une couverture posée par-dessus, après coup : « le limon des plateaux recouvre d'un manteau irrégulier toutes les formations antérieures ; il est postérieur au façonnement de la topographie actuelle ».
Ce limon est un dépôt de poussières transportées par le vent pendant les périodes froides du Quaternaire, pour l'essentiel entre 30 000 et 15 000 ans avant nous, avec un maximum autour de 25 000 à 20 000 ans. Les poussières venaient de la Manche alors émergée — le niveau de la mer était environ 120 mètres plus bas — et des plaines alluviales de la région. Le Vexin n'a jamais été sous les glaces.
Son épaisseur, à l'échelle de la feuille, varie « de 0,50 m à 5 mètres », nulle par endroits, jusqu'à 10 mètres en bourrelet sur les pentes de vallée. Nous n'avons pas de mesure faite à Hazeville même.
C'est le point à retenir de cette page : cette couverture traverse la faille sans être décalée, puisqu'elle s'est déposée bien après. Un sous-sol compliqué peut donc porter une terre régulière — et le sous-sol ne dit rien, à lui seul, de la valeur agronomique d'une parcelle.
Où va l'eau : un plateau sec, des vallées humides
Sous les sables de Cuise viennent des argiles plastiques. Ce sont elles qui forment le principal plancher imperméable du Vexin français. Les quatre forages recensés sur la commune leur donnent des épaisseurs très variables : 6 mètres, 10 mètres, 15,8 mètres et 21,8 mètres.
À Wy, les sources hautes sont retenues plus haut encore, par les argiles vertes. Une seule, la source Saint-Romain, sourd de la base des sables de Cuise ; elle donne naissance au rû de Guiry, qui devient l'Aubette de Meulan en descendant vers l'est. La ferme est en tête de ce vallon.
Cela se voit sans carte : sur le plateau, pas de ruisseau ; à quelques kilomètres, des fonds de vallée humides. La grande réserve d'eau du secteur, la craie, est ici enfouie sous toute la couverture.
Les pierres des murs, l'argile des briques
Le calcaire grossier est la pierre de construction du pays — la même que celle de Paris. Les carrières attestées les plus proches sont à Guiry-en-Vexin, Nucourt, Chars, Saint-Gervais et Genainville. Aucune n'est documentée sur la commune : nous ne pouvons donc pas dire d'où viennent exactement les pierres des bâtiments de la ferme.
Le limon, lui, figure parmi les matériaux utiles de la feuille, comme terre à briques. Le seul site que la notice cite nommément est à une quinzaine de kilomètres, à Puiseux-Pontoise.
Un mot sur les meules, puisque nous moulons sur meule de pierre : la meulière d'ici n'a servi, localement, qu'à faire des moellons. Les meules à blé venaient de la Brie, et surtout de La Ferté-sous-Jouarre. La provenance de celles des anciens moulins de Wy n'est pas documentée.
Ce que la carte ne dit pas
Une carte géologique ne donne ni la profondeur de terre d’une parcelle, ni son pH, ni son taux de matière organique, ni sa réserve en eau. La géologie donne le cadre ; ce sont les analyses de terre qui guident ensuite les travaux des champs, parcelle par parcelle. Et aucune source ne relie la faille de Banthélu à la qualité des terres ou des blés du secteur : nous n’en tirons donc aucun argument.
Les épaisseurs citées ici sont des valeurs de feuille ou de localité voisine, à l'exception des quatre forages de la commune. Et la notice consultée date : sa nomenclature a changé depuis.
Venir voir
Le paysage se lit mieux sur place que sur une carte : la butte boisée au-dessus de la ferme, le plateau labouré, la vallée au loin. Le moulin et l'atelier se visitent, au Château d'Hazeville, à Wy-dit-Joli-Village.
Sources
- BRGM, carte géologique de la France à 1/50 000, feuille Pontoise (n° 152) et sa notice explicative (L. Feugueur) — source principale de cette page.
- BRGM, notice de la feuille Mantes-la-Jolie (n° 151), pour le prolongement occidental de la faille.
- Banque du sous-sol (BRGM), forages recensés sur la commune de Wy-dit-Joli-Village.
Pour la suite du parcours : le Vexin, notre territoire, notre blé et nos céréales et comment nous fabriquons nos pâtes.
Ce que ces terres donnent, une fois moulu : nos trois farines de meule.