Travaux des champs

Entre deux récoltes, il se passe une année entière sur les 130 hectares du Château d’Hazeville. Cette page raconte ce que nous y faisons : dans quel ordre viennent les cultures, comment nous préparons la terre, quand nous fertilisons, et comment le grain arrive au silo. Rien d’extraordinaire — des décisions agronomiques ordinaires, tenues dans la durée.

L’ordre des cultures : une rotation sur sept ans

Une même parcelle ne porte pas la même culture deux années de suite. Elle suit un cycle long, qui revient au blé trois fois en sept ans.

Année Culture Ce qu’elle apporte à la suivante
1 Colza Une tête de rotation : racine pivotante, sol structuré en profondeur
2 Blé Profite du colza qui précède
3 Orge d’hiver, puis couverts végétaux Récolte précoce, ce qui laisse le temps d’implanter un couvert
4 Maïs Culture d’été : elle coupe les cycles des adventices d’hiver
5 Blé, puis couverts végétaux Le sol reste couvert jusqu’au printemps
6 Lin Peu exigeant, il rompt la succession des céréales
7 Blé Le cycle recommence

L’intérêt n’est pas théorique : alterner les familles de plantes casse les cycles des maladies et des ravageurs, qui sont spécifiques d’une culture. Une rotation courte les entretient ; une rotation longue les affame. Cela réduit d’autant les traitements nécessaires, et cela étale les travaux sur l’année au lieu de les concentrer.

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Salir la parcelle exprès : le faux-semis

C’est le geste le plus contre-intuitif de la saison. Après la récolte, nous déchaumons superficiellement — cinq à dix centimètres, sans retourner la terre. Ce passage réveille les graines d’adventices dormantes. La pluie et le soleil les font lever, et le passage suivant les détruit, mécaniquement, avant qu’elles n’aient le temps de monter en graines.

Le faux-semis : le déchaumeur détruit les adventices levées, la pluie et le soleil en font lever de nouvelles, moins nombreuses à chaque passage LE FAUX-SEMISCINQ DÉCHAUMAGES, ET LE SALISSEMENT RECULELa même parcelle vue du ciel, entre la récolte et le semis suivant.de la pluie, du soleil…et les adventices relèventPassage 1 sur 5Passage 2 sur 5Passage 3 sur 5Passage 4 sur 5Passage 5 sur 5LA PARCELLE, VUE DU CIELSTOCK DE GRAINESDANS LE SOLpleinréduitAprès la récolte, un déchaumage superficiel remue les premiers centimètres et réveille les graines d’adventices.La pluie et le soleil les font lever — c’est le but — et le passage suivant les détruit avant qu’elles ne grainent.Répété avant le semis, le procédé vide peu à peu le stock du sol. Aucun herbicide n’intervient à ce stade.

Répété avant le semis, le procédé vide peu à peu le stock de graines du sol. C’est du temps de tracteur et du carburant, mais aucun herbicide n’intervient à ce stade. Le labour, lui, n’est utilisé qu’une fois tous les cinq ans environ, pour enfouir les graines d’adventices en profondeur quand une parcelle se salit malgré tout.

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Cinq façons de travailler le sol : ce qu’elles apportent, ce qu’elles coûtent

Il n’y a pas une bonne technique, mais un arbitrage à faire chaque année, parcelle par parcelle.

Technique Profondeur Ce qu’elle apporte Ce qu’elle coûte
Labour 20 à 35 cm + Enfouit les adventices et les résidus
+ Remet à plat une parcelle qui s’est salie
− Grosse consommation de carburant
− Expose le sol à l’érosion et brûle la matière organique
Déchaumage (faux-semis) 5 à 10 cm + Ne retourne pas le sol
+ Détruit les adventices sans herbicide
− Laisse le sol nu entre les passages
− Jusqu’à cinq passages : du fioul et du temps
Techniques culturales simplifiées 5 cm chez nous, sans retournement + Conserve l’humidité et la matière organique
+ Préserve les vers de terre et l’activité microbienne
− Demande de surveiller le salissement de près
− Suppose un matériel adapté
Semis direct 0 cm + Très peu de carburant
+ Bonne infiltration de l’eau, structure du sol préservée
− Repose sur une destruction chimique du couvert précédent
− Levée plus délicate en sol froid ou humide
Couverts végétaux (CIPAN) 0 à 5 cm + Captent les nitrates et couvrent le sol
+ Rendent de la matière organique après destruction
− Coût de semence et un passage de plus
− Gênent le semis suivant s’ils sont mal détruits

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Un sol rarement nu

Entre deux cultures, la règle est de couvrir : nous implantons un couvert végétal — phacélie, mélanges d’espèces, ou simples repousses de colza. Il occupe le terrain pendant l’interculture, retient les nitrates qui partiraient sinon avec l’eau de drainage, et laisse de la matière organique au sol quand on le détruit.

L’exception, c’est la série de faux-semis : sur les parcelles qui se salissent, le sol reste nu entre les passages. C’est la contrepartie assumée d’un désherbage mécanique, et c’est pourquoi nous ne le conduisons pas ainsi partout. Le choix se fait parcelle par parcelle, selon le salissement, la date de récolte et la culture qui suit.

Les couverts comptent parmi les trois leviers du bilan carbone de l’exploitation, avec les apports organiques et l’allongement des rotations. Le détail chiffré est sur la page nos labels et engagements.

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Nourrir la plante quand elle en a besoin

Le blé ne consomme pas l’azote régulièrement : il en prend peu au départ, beaucoup au moment où la tige s’allonge et où l’épi se construit. Un apport unique en début de saison dépasserait ses besoins, et le surplus partirait avec l’eau. Nous fractionnons donc en trois passages, calés sur les stades de la plante.

L’azote apporté en plusieurs fois : à chaque passage du pulvérisateur, le blé repart et gagne un stade LA FERTILISATIONL’AZOTE, APPORTÉ EN PLUSIEURS FOISTrois passages calés sur les stades du blé : à chaque apport, la plante repart.cuveAPPORT 1 SUR 3 · TALLAGEla plante fait ses tallesAPPORT 2 SUR 3 · MONTAISONla tige s’allongeAPPORT 3 SUR 3 · DERNIÈRE FEUILLEl’épi se construitBESOIN DELA PLANTELe blé ne consomme pas tout au même moment. Un apport unique en début de saison dépasserait ses besoins,et le surplus partirait avec l’eau. Nous fractionnons donc, en suivant les stades de la plante.Un amendement organo-calcique devant colza remplace par ailleurs une part des apports minéraux.

Un amendement organo-calcique apporté devant colza remplace par ailleurs une part des apports minéraux de la rotation.

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La moisson : séparer le grain de la paille

En juillet, il faut attendre le bon taux d’humidité du grain — trop humide, il ne se conserve pas ; trop sec, il casse. La fenêtre est courte, et elle dépend de la météo. La moissonneuse fait alors trois choses en même temps : elle coupe, elle bat, et elle sépare.

La moissonneuse-batteuse avance dans le blé : le grain suit le trajet ocre jusqu’à la trémie, la paille suit le trajet vert, ressort broyée et retourne au sol LA MOISSONCE QUI SE PASSE DANS LA MOISSONNEUSECoupe schématique. La machine avance dans le blé : le grain part à la trémie, la paille retourne au sol.la trémie se remplitcabinele rabatteurcouche les épisle batteurl’éparpilleur broie la pailleet la rend au solLe grain : coupé par la barre, battu, séparé, il monte à la trémie et part au silo de la ferme.La paille : elle traverse la machine, ressort broyée par l’éparpilleur et retourne au sol.

Le grain part au silo de la ferme, où il est trié et brossé avant la mouture. La paille est broyée à la sortie de la machine et réincorporée au sol. Ce qui se passe ensuite — la meule, les matrices en bronze, le séchage — est raconté sur la page comment nous fabriquons nos pâtes.

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Ce que ces pratiques prouvent, et ce qu’elles ne prouvent pas

Elles réduisent le recours aux herbicides, la consommation de carburant et les pertes d’azote. Elles sont mesurées dans le cadre de la démarche Label Bas-Carbone, qui compare des émissions constatées à des émissions projetées, selon une méthodologie publiée.

Elles ne valent pas pour autant certification. Nous ne sommes pas certifiés en agriculture biologique, ni sur les pâtes ni sur les farines, et nous expliquons pourquoi sur la page nos labels et engagements. Une pratique agronomique n’est pas un signe officiel de qualité : ce sont deux choses différentes, et nous tenons à ne pas les confondre.

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Voir les parcelles

Le plateau se lit mieux sur place que sur une page. La visite du moulin est gratuite pour les professionnels, sur rendez-vous, et les parcelles commencent au bout de la cour. Pour comprendre ce qu’il y a sous ces terres, il y a aussi la géologie sous nos parcelles.

Pour la suite du parcours : notre blé et nos céréales, le Vexin, notre territoire et nos labels et engagements.

Ce blé-là, une fois moulu et façonné, devient les pâtes que nous vendons. Le procédé est raconté sur comment nous fabriquons nos pâtes.